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Entretien avec Gérard Ribot, cofondateur et directeur du site Fle.fr

Les pouvoirs publics doivent aider les centres de FLE

Entretien avec le directeur du site fle.fr publié par LePetitJournal.com le site des Français expatriés, sur la situation des centres de FLE en France et leur place au coeur de la stratégie d’attractivité internationale de la France.


EXTRAITS

Quels sont les principaux problèmes rencontrés par les centres de FLE à l’occasion de cette crise sanitaire ?

"Depuis mi-mars l’activité des centres de FLE est quasiment à l’arrêt, tout simplement parce qu’ils accueillent en temps normal des participants venus de tous les pays pour des séjours de formation et de découverte en « immersion ». Des étudiants étrangers mais aussi des professionnels qui ont besoin du français de communiquer en français dans le cadre de leur travail, d’autres qui sont à la recherche de séjours associant la pratique de la langue à une découverte culturelle et touristique de notre pays et pour les plus jeunes, notamment scolaires, il s’agit souvent de se préparer à des examens et diplômes.

Dès la mi-mars, et du jour au lendemain, tous ces publics sont repartis et depuis restent dans leur pays, les frontières étant fermées et les liaisons internationales interrompues. Depuis la mi-mars, l’activité des centres de français est donc à l’arrêt quasi complet. Certains ont pu mettre en place des cours en ligne, mais cela reste très loin de compenser les pertes colossales engendrées par l’absence des publics en présentiel.

A ce jour, malgré l’assouplissement des contraintes de mobilité au niveau européen, aucune reprise d’activité « significative » n’est envisageable avant l’été prochain. Il ne me paraît donc pas exagéré de parler d’une situation dramatique car elle a des conséquences pour l’avenir immédiat de ces établissements mais aussi pour leurs personnels, enseignants permanents et souvent temporaires, et pour les écosystèmes locaux qui bénéficient habituellement de l’impact économique de cette activité : prestataires d’hébergement, de transports, restaurants, commerces... Ce secteur d’activité génère en effet en temps normal des retombées qui se chiffrent chaque année en millions d’euros."

"Malgré un label d’État qu’ils financent, les centres de FLE échappent au radar des politiques publiques"

Les centres ont-ils reçu des aides financières de l’Etat ?

"Dans un premier temps les centres ont pu éviter une fermeture définitive en s’adossant à l’ordonnance du 25 mars dernier permettant aux professionnels du tourisme – incluant à titre exceptionnel les « voyages et séjours linguistiques » - de proposer un avoir valable 18 mois à tous les participants dont le séjour a été annulé à cause de la pandémie.

Par ailleurs, comme toutes les organisations, ils ont pu bénéficier du dispositif gouvernemental permettant le maintien de l’activité partielle prise en charge 100 % par l’État et l’Unedic jusqu’au 30 juin.

Par contre pour la suite, l’enseignement du français langue étrangère n’est pas encore clairement identifié parmi les secteurs d’activité éligibles au Plan Relance Tourisme.

Cette situation est d’autant plus anormale que depuis plus de 10 ans la plupart des centres de FLE sont labellisés par l’Etat au titre du label "Qualité FLE" délivré par trois ministères : Tourisme, Enseignement supérieur et Culture : trois secteurs d’activité majeurs accompagnés par l’État !

Les professionnels étaient donc en droit d’attendre que leur secteur d’activité, qui a cette particularité de relever de ces 3 secteurs, soit clairement identifié parmi ceux qui peuvent prétendre aux mesures du Plan Relance Tourisme. Ce n’est malheureusement pas exprimé clairement et beaucoup de responsables découvrent à cette occasion que ce label ne les « protège » pas.

De plus, malgré une demande formulée unanimement par leurs représentants auprès de France Education International, l’opérateur public en charge du dispositif de labellisation, les centres se sont vus opposer une fin de non-recevoir à leur demande d’exonération de la contribution financière annuelle.

Ce qui choque beaucoup de professionnels c’est que ce refus est de nature strictement administrative, alors que dans le même temps d’autres opérateurs publics ont su prendre la mesure de la situation et adapter leur mode de fonctionnement.

Pour certains professionnels un audit indépendant de ce dispositif de labellisation entièrement contrôlé par une administration d’Etat, s’impose afin d’en évaluer sérieusement le coût en regard des bénéfices sur l’activité des centres, indépendamment de son apport en termes de démarche qualité.

Aujourd’hui, il ne reste donc d’autre choix aux centres que de s’adosser au secteur de l’"enseignement culturel", mentionné comme tel dans le Plan Relance Tourisme et dont leur activité principale relève. Cependant c’est au risque que, dans leurs relations avec les administrations concernées, les solutions soient à chercher au cas par cas. Cela est naturellement dangereux et risqué. Le refus d’une administration pour un centre se traduira inévitablement par sa fermeture."

"La place des centres de FLE est au cœur de l’attractivité internationale de la France"

Qu’attendent aujourd’hui les centres de FLE des pouvoirs publics ?

"Les centres de FLE attendent prioritairement une confirmation claire que leur domaine d’activité est éligible aux mesures de sauvegarde relevant du Plan Relance Tourisme notamment pour ce qui concerne la prolongation des mesures en faveur de l’activité partielle et l’exonération de paiement des charges sociales et fiscales.

A ce jour, malgré l’intervention d’élus et la mobilisation des professionnels, aucune réponse concrète et tangible n’a été apportée à ce sujet.

Pour le reste, la profession a déjà relevé la tête et prépare le moment où il faudra reconquérir sa place dans la compétition internationale. Et cette place est au coeur de la promotion du français et du tourisme linguistique dont le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a fait une priorité dans la stratégie d’attractivité internationale de France."

Lire l’entretien intégral sur LePetitJournal.com


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Publié le 6 août 2020
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